LES BAOBABS QUI AIMENT L’EAU !

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Chercheur et spécialiste des baobabs, Cyrille Cornu nous emmène à la découverte des géants de la Grande Île.

Adansonia madagascariensis vit dans le Nord-Ouest de l’île. L’espèce n’est pas complètement endémique de Madagascar puisqu’on la rencontre à l’état naturel sur l’île de Mayotte où quelques individus ont été découverts récemment.

Ce baobab de taille souvent modeste mesure entre 5 et 20 mètres de hauteur pour un diamètre de 1 à 2 mètres. Son tronc est généralement renflé à la base. Sa forme varie en fonction du milieu. En forêt, elle est plutôt cylindrique alors qu’en bord de mer l’arbre est plus trapu. L’écorce est lisse de couleur gris clair. Les feuilles sont dites « digitées » ou encore « palmées ».

L’espèce aime la proximité de l’eau, les bords de rivières, les fonds de vallées et le bord de mer. Son aire de présence est importante. Elle couvre 35 000 km2 et s’étend sur le tiers Nord-Ouest de Madagascar entre Mahajanga et Diego Suarez.

Adansonia madagascariensis est le premier baobab malgache à avoir été décrit. C’est le botaniste et médecin français, Henri Ernest Baillon, qui l’a étudié et lui a attribué son nom scientifique en 1876.

La floraison débute au mois de février. Elle se termine en avril. Les fleurs remarquablement belles se composent de cinq pétales rouge vif. Elles s’ouvrent à la tombée de la nuit et fanent dès le lendemain. Leur parfum subtil qu’elles dégagent et le nectar qu’elles contiennent attirent de nombreux visiteurs parmi lesquels des papillons de nuits (sphinx) qui les pollinisent.

Les fruits sont ronds et petits. Leur diamètre n’excède que rarement 10 cm. Les graines sont extrêmement petites. Elles ont une forme qui évoque celle d’un rein. La pulpe contenue dans les fruits est plus acide que chez les autres espèces de baobabs. Elle est peu consommée. Par contre, quelques baobabs de cette espèce sont sacrés (fady) et font l’objet de cultes par les populations locales qui l’appelle « Bozy » ou «Zabe ».

L’espèce est classée « presque menacée d’extinction » par l’union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La principale menace vient de la destruction de son habitat par l’aménagement des zones humides. Elle est protégée dans le parc national de l’Ankarana, la réserve marine de Nosy Hara et la réserve spéciale d’Analamera.

En mai 2011, nous avons découvert des fruits sur la plage d’Anjiabe au Nord de Diego Suarez. Les traces présentes sur les coques indiquaient que ces fruits avaient séjourné longtemps en mer. Après analyses en laboratoire, les graines contenues se sont révélées viables. Ces résultats démontrent que les fruits d’Adansonia madagascariensis peuvent séjourner en mer et conserver des graines aptes à coloniser de nouveaux espaces. Cela pourrait expliquer la présence de cet arbre le long du littoral malgache et sur les côtes mahoraises.  

Texte et photographies

Cyrille Cornu

Biogéographe, naturaliste

Chercheur au Cirad

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