jeudi 25 février
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PATRIMOINE DE MADAGASCAR

LES DERNIÈRES CALÈCHES DE TANA

© ThD – Tana Planète

C’est un petit village en périphérie de la capitale qui s’appelle Vahilavasoavina. Il est entouré de rizières où paissent quelques zébus. Mais à y regarder de plus près, ce ne sont pas des zébus mais des chevaux qui broutent tranquillement les éteules de riz. Voici le village où vit la dernière famille de cochers, propriétaires de leurs 16 chevaux et de leurs 7 calèches.

© ThD – Tana Planète

Les calèches ont depuis toujours fait partie du paysage de Tana, que ce soit pour le transport des marchandises ou des voyageurs. Avec le temps, la modernisation et l’accroissement du nombre de voitures, ce moyen de transport s’est raréfié jusqu’à n’être plus perpétué que par la seule et unique famille de Monsieur Zaza. Il est lui-même descendant de cochers. Son métier et tout le savoir-faire qui s’y rapporte se sont transmis de génération en génération.

© ThD – Tana Planète

S’il y a 40 ans, les chevaux étaient nombreux à Madagascar et ceux qui étaient réformés des courses hippiques finissaient leurs carrières au-devant des calèches, il est aujourd’hui très difficile de se procurer un animal. Seuls quelques agriculteurs des régions alentours font un peu d’élevage et les prix sont très élevés. Une fois trouvé, le poulain (un mâle entier qui le restera, rarement un hongre) est acquis vers l’âge de 6 mois. Le cocher commence lui-même son dressage peu après. Petits mais robustes, bien entretenus, ces chevaux peuvent tirer des charges allant jusqu’à une tonne.

© ThD – Tana Planète

Toute la famille de Monsieur Zaza vit très étroitement avec les chevaux. Les écuries sont à côté de la maison et les chevaux sont rentrés tous les soirs. Il en découle une relation particulière avec les animaux faite de confiance et de respect mais sans effusion ostentatoire. Tout le monde s’occupe des chevaux: les enfants les surveillent, les emmènent et les ramènent des champs et  les brossent, les femmes vérifient également l’état général des chevaux et des fers, qu’il faut changer toutes les semaines.

© ThD – Tana Planète

Les hommes lavent les jambes, les parent si nécessaire (coupent la corne superflue du sabot) et fabriquent eux-mêmes les nouveaux fers à partir de morceaux de ferraille de récupération.

Une fois attelé, le cortège des calèches part entre 1h et 2h du matin, chargé de produits maraîchers et de voyageurs en direction du marché de Soanierana. Il est de retour vers 9h. Dételés, les chevaux vont rejoindre les champs avoisinants et y restent jusqu’à 16h-17h.

Aujourd’hui, il n’existe plus de fabricants de calèches et Monsieur Zaza est obligé de les construire lui-même. Si tous les matériaux sont réunis, un mois entier est nécessaire à la réalisation d’une seule calèche. Il fabrique tout son matériel: harnais, rênes, licols, etc… en grande partie avec du matériel de récupération car il ne peut pas se procurer cet équipement à Tana.

Quant à l’avenir, Monsieur Zaza ne sait pas de quoi il sera fait. Cela dépendra de deux paramètres: bien sûr de l’envie de ses enfants de perpétuer l’héritage familial mais, avant tout, de la possibilité de trouver de nouveaux chevaux, l’élevage équin à Madagascar s’amenuisant d’année en année. Il serait bien dommage  de voir s’éteindre totalement une part de l’histoire de Tana avec la disparition du doux cliquetis des sabots des chevaux sur le bitume de Tana.

© ThD – Tana Planète