RENIALA, LA MÈRE DE LA FORÊT

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Chercheur et spécialiste des baobabs, Cyrille Cornu nous emmène à la découverte des géants de la Grande Île.

Composante emblématique de la flore malgache, le baobab de Grandidier figure parmi les arbres les plus remarquables. Véritables colosses du monde végétal, ses représentants s’élèvent jusqu’à 25 mètres de hauteur et dépassent 20 mètres de circonférence dans la région de Morombe ! Ils se reconnaissent à leur morphologie très particulière, un long fut cylindrique surmonté d’une couronne aplatie.

Le baobab de Grandidier est endémique de la Grande Île, c’est à dire qu’il ne se rencontre nulle part ailleurs. Son aire de présence s’étend de la rivière Tsiribina au Nord à la ville de Salary au Sud. A l’Est, l’espèce remonte la vallée du fleuve Mangoky jusqu’à 200 kilomètres dans les terres. Elle préfère les sols sableux, la proximité des mares et des rivières.

Elle vit au cœur des forêts sèches caducifoliées de basse altitude et dans le bush au Sud de Morombe. A Morondava, elle peuple l’irréelle et célèbre « Allée des Baobabs », aire protégée qui attire chaque année des milliers de touristes du monde entier.

Son nom scientifique Adansonia grandidieri lui a été attribué en hommage à Alfred Grandidier, naturaliste et explorateur français, grand découvreur de la biodiversité malgache. Localement, le baobab de Grandidier est appelé « Reniala », ce qui signifie « Mère de la forêt ».

L’arbre est parfaitement adapté au milieu forestier. Sa hauteur est fortement liée à celle de la forêt. Il pose sa couronne au dessus de la canopée pour accéder à la lumière et faciliter l’accès à ses fleurs. Adansonia grandidieri fleurit entre mai et août, en début de saison sèche. Ses fleurs ne vivent qu’une seule nuit ! Elles sont composées de cinq pétales blanc crème et d’environ 1000 étamines. Riches en nectar, elles attirent de nombreux visiteurs parmi lesquels plusieurs espèces de sphinx (papillons de nuits), des abeilles, des roussettes (chauves-souris), des perroquets et de petits oiseaux nectarivores, les souimangas.

Les fruits sont ramassés au pied des arbres ou cueillis dans les couronnes à plusieurs dizaines de mètres de hauteur ! Des morceaux de bois sont plantés le long du tronc pour permettre l’ascension. La pulpe est consommée fraiche. Mélangée à de l’eau et du sucre, elle sert à la préparation d’une boisson délicieuse, riche en calcium et en vitamine C, très prisée des enfants. Les graines produisent une huile comestible et sont parfois torréfiées pour remplacer le café. L’écorce et le bois sont utilisés pour la confection d’habitations temporaires. La fibre contenue dans l’écorce sert quant à elle à la fabrication de cordes.

L’espèce est inscrite « En danger d’extinction » dans la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). La plus grande menace vient de la réduction de son habitat forestier par l’agriculture sur abatis-brulis nommée localement “hatsake”. La déforestation est à Madagascar l’une des plus alarmantes au monde. La culture du maïs est la principale cause de la régression des écosystèmes forestiers où vivent les baobabs de Grandidier. Victimes de feux récurrents, fragilisés par les cyclones, les géants disparaissent progressivement et survivent par endroits hors de leur écrin forestier comme dans le cas de l’« Allée des baobabs ».

Texte et photographies

Cyrille Cornu

Biogéographe, naturaliste

Chercheur au Cirad

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